LE REFI DANS LA PRESSE MILITANTE : ROUGE

Publié le par R.E.F.I

FRANÇOIS RUBERT ET
ROSE-MARIE LEVY-PECHALLAT

Rouge2238, 07/02/2008 Réagir à cet article

S’opposer à la dénonciation

 

François Ruber. DR
François Rubert est conseiller à l’ANPE Opéra à Lyon. Il est secrétaire départemental du Syndicat national unitaire de l’ANPE (FSU) dans le Rhône. Rose-Marie Levy-Pechallat est également conseillère à l’ANPE à Lyon. Tous deux sont à l’origine de la création du Réseau emploi formation insertion (Refi), qui se donne pour but de résister collectivement à toutes les tentatives de pression visant à détourner les agents du service public de leur rôle au profit du contrôle des étrangers, considérés a priori comme suspects.

Qu’est-ce qui vous a poussés à créer le Refi ?

François Rubert et Rose-Marie Levy-Pechallat – L’idée est venue le 18 octobre dernier, lors d’une manifestation où nous étions rassemblés sous la banderole unitaire (CGT, SNU, SUD, FO) de l’ANPE à Lyon. Nous venions d’apprendre qu’un collègue avait été confronté, quinze jours plus tôt, à une situation où il devait signaler, à la police de l’air et des frontières, l’arrivée d’une personne étrangère qui avait été convoquée à l’ANPE, à son insu, sur ses plages de rendez-vous. Ce collègue en était encore très affecté, car il s’était posé de multiples questions. Que faire ? Avait-il la possibilité d’utiliser « le droit de retrait » ? Comment ne pas rester isolé ? Heureusement, ce jour-là, l’étranger n’est pas venu. Ne voulant être ni acteur, ni complice de ce genre de situations faisant penser aux pires périodes de notre histoire, nous avons réfléchi aux moyens de résistance. Très rapidement, l’idée d’un réseau, sur le modèle du Réseau éducation sans frontières (RESF) est apparue. D’autant que, pendant ce temps, décrets, circulaires, notes et procédures tombaient dans les agences de l’ANPE, avec pour objectif de faire contrôler les papiers des étrangers, de les photocopier et de les envoyer à la préfecture. Les services de l’emploi, à leur tour, ont été mis à contribution pour lutter contre l’immigration, sous couvert de lutte contre le travail illégal des étrangers. Pour nous, répondre à ces injonctions signifiait que nous jetions la suspicion sur tous les travailleurs étrangers, en les considérant, a priori, comme fraudeurs. Il était hors de question que nous participions, de près ou de loin, à cette humiliation.

Qui retrouve-t-on dans ce réseau ?

F. Rubert et R.-M. Levy-Pechallat – Nous avons parlé de notre idée de réseau à des amis inspecteurs du travail, et nous avons appris qu’ils étaient, eux aussi, détournés de leurs missions et qu’ils devaient lutter contre des directives, contre la mise en place d’organisations destinées à mobiliser leurs forces sur le travail illégal des étrangers. Ils ont appelé d’ailleurs à une grève illimitée sur ce motif, le 17 décembre. Nous avons pris contact avec des collègues travaillant dans des organismes de formation, eux aussi inquiets. Ils veulent bien participer à un tel réseau autour des questions de l’emploi, de la formation et de l’insertion. Le préfet a débloqué 2 millions d’euros pour apprendre le français aux étrangers ; les conditions dans lesquelles se déroule cette expérimentation, les enjeux, les moyens, les objectifs sont tellement fluctuants et flous que la fédération des centres sociaux refuse de faire partie du comité de pilotage. Une association chargée de l’insertion des prostituées, Cabiria, subit de telles pressions face à son refus de donner des listes de prostituées étrangères. Pour elle, la création d’un réseau qui lutte contre la chasse aux étrangers et contre la délation est forcément une bonne nouvelle.

Puis, nous avons demandé l’avis des experts de la Cimade, du RESF et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Immédiatement, ils nous ont proposé leur aide. La question ne se posait même pas, pour eux, c’était une évidence, il fallait y aller ! Nous avons donc organisé deux réunions pour écrire des textes avec l’Assedic (CGT), les syndicats de l’ANPE (SNU, SUD, CGT), les syndicats SNU-FSU de la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DDTEFP), Cabiria, les missions locales de la région (CGT), des organismes de formation, RESF, la Cimade, la LDH, et nous avons finalement organisé une conférence de presse pour annoncer la naissance du Réseau emploi formation insertion (Refi). La couverture médiatique a été très bonne.

Comment vous faites-vous connaître ?

F. Rubert et R.-M. Levy-Pechallat – Nous avons créé des supports : un blog (www.refi.overblog.org) et une pétition en ligne (www.mesopinions.com). À ce jour, nous avons recueilli plus de 1 400 signatures, dont celles de beaucoup de professionnels de nos secteurs. Nous recevons de nombreux messages de soutien. Certains veulent créer le même type de réseau dans d’autres départements ou d’autres villes. C’est ainsi qu’est né Resiste-38, le réseau isérois contre la traque des étrangers. Quelques personnes isolées nous ont contactés : nous les avons mises en lien avec des personnes connues de notre réseau, entre autres à la DDTEFP. À Grenoble, ils ont fait un appel, et ils se sont réunis. Ils ont distribué un tract au personnel de la préfecture afin de dénoncer l’arrestation d’un sans-papiers dans leurs locaux. Ce tract a le mérite d’être clair, percutant, tout comme son titre : « Agents de la préfecture de l’Isère, dans vos murs, on piège, on arrête, on expulse ! »

Quelles sont les prochaines étapes de construction du réseau ?

F. Rubert et R.-M. Levy-Pechallat – Nous souhaiterions pouvoir vous dire que la prochaine étape est la dissolution de notre réseau. Malheureusement, nous savons que ce n’est pas fini. La course aux chiffres continue de plus belle, les dérives teintées de xénophobie d’État ont de beaux jours. Les mises en réseau portent leurs fruits. Dans d’autres départements, d’autres villes, nous savons que les gens se rencontrent, des équipes sont prêtes à se mobiliser et à réagir à la moindre tentative d’intervention envers des étrangers dans ou devant nos services. Au niveau national, des organisations syndicales souhaitent impulser la création de ces réseaux et nous prêter main-forte : la CGT, SUD, la FSU-SNU.

La prochaine étape, c’est bien, partout où c’est possible, de multiplier les réseaux contre la chasse aux étrangers. Les arrestations d’étrangers dans nos services, sous nos yeux, ne doivent pas se banaliser et, pour agir et réagir, nous devons savoir et faire savoir. Nous allons mettre en place, prochainement, une formation sur le droit des travailleurs étrangers. Depuis quelque temps, une idée fait son chemin : organiser un meeting tous ensemble pour faire savoir, informer et aussi mutualiser nos moyens d’action, nos expériences, nos victoires. Eh oui, il y en a. Il faut que cela se sache.

Propos recueillis par Lucas Maldini

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TASCHOT 28/10/2010 21:17


Bonjour
au sujet de la radiation des chomerus : l'ANPE fait bcp mieux que de ne pas envoyer les convocs : elle les envoie, vous téléphone pour annuler et vous envoie une lettre de radiation parce que vous
n'etes pas allé !
je sais je l'ai vécu